Littérature
208 pages
144 x 210 mm
20,00 
978-2-494062-70-2
23 janvier 2026

COMME POUR SE BATTRE

Vu à hauteur d’enfant, le parcours initiatique de deux soeurs d’Alger à la banlieue parisienne pendant la « décennie noire ».

Elle est joyeuse, la vie de Nana, entre ses meilleures copines, l’école française d’Alger, les garçons à embrasser et les boîtes de pastels achetées au trabendo. Mais lorsque le quotidien est percuté par les attentats-suicide, les barrages militaires et les disputes des parents, la peur fait son apparition.
Un jour, sa grande sœur Souad est envoyée étudier en France. De Villetaneuse, tous les samedis au téléphone, elle répète : « Tout va bien ». Un an plus tard, Nana a douze ans et c’est son tour. Elle rejoint sa sœur et doit apprendre le froid, le gris, la solitude – le mensonge, surtout. Mais « tout va bien », n’est-ce pas ? Jusqu’à ce que Souad dévisse. Jusqu’à ce que Nana, confrontée au vertige de la liberté, cesse d’être une enfant et choisisse son destin.

Sur fond de décennie noire, ce parcours d’émancipation d’une jeune fille explore les fêlures et les résiliences de ceux que l’histoire atteint dans leur chair. Un premier roman porté par une voix libre et claire, où la douleur de l’exil est surmontée par la détermination et la joie.

 

PREMIER ROMAN

L'autrice

© Éric Caravaca

 

Après des études de philosophie et de musicologie et une carrière d’éditrice de livres audio, Hélène Lotito a créé en 2013 le studio d’enregistrement la Machinamot. Elle allie écoute musicale des textes, travail sur le son et direction artistique des comédiens. Après une enfance passée en Algérie, elle vit aujourd’hui à Paris. Comme pour se battre est son premier roman.

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EXTRAIT

« Tu sais, Erwann, ma sœur est folle. J’ai peur parfois, j’ai peur que ce soit contagieux. Moi aussi, j’ai mes pensées magiques. Mes petites obsessions. Je pense à la vie en 2222, quelle tête aura le monde en 2222, les gens, les voitures, les maisons, les rues, les bus ou les avions… Et puis il y a ce moment fugace où je prends conscience, d’un coup d’un seul, que moi je n’y serai pas en 2222. C’est une évidence, et pourtant je pourrais en pleurer. Je ne pleure pas quand ma poupée finit déchiquetée parce que le petit cousin Ryad s’amuse avec la déchiqueteuse de papa, je ne pleure pas quand je vois yemma crier à s’arracher les cheveux parce qu’elle doit abandonner ses enfants, je ne pleure pas quand on me dit tu n’es pas chez toi ici, je ne pleure pas quand je vois qu’on abat des chevaux, je ne pleure pas quand on me dit désolée tu ne vas plus vivre ici, plus jamais voir ta chambre, tes copines. Je ne pleure pas. Je ne pleure pas quand je vois que le gris de mon appartement ne part pas à la Javel, que je mens tellement souvent pour Souad que je ne sais plus ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Je ne pleure pas quand je me rends compte que je ne connais pas mon petit frère, que je ne connais plus mes parents ou qu’on s’est moqué de moi à la cantine. Je ne pleure pas. Je pleure – quand je comprends que je ne serai pas là pour voir le monde en 2222. Tout ce que je ne vivrai pas me fait comprendre tout ce que je n’ai pas vécu et qui ne reviendra pas, et qui ne sera jamais réparé. Alors, je pleure. Là, je suppose que oui, je suis la fille de ma mère, la sœur de Souad et rien qu’une pauvre fille au prénom bizarre qui n’a presque pas de passé. »

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À paraître

RENAUD MACHART

Renaud Machart, né en 1962, a exercé le métier de chanteur dans le domaine de la musique ancienne de 1980 à 1992. Journaliste au Monde depuis 1991, il a animé des émissions sur France Musique de 1992 à 2018. Il est l’auteur de nombreux essais et monographies musicaux, notamment à propos de la musique nord-américaine du xxe siècle.

Ses livres